Quelles conséquences le retrait des États-Unis aura-t-il sur l’action climatique internationale ?
Photo de couverture : Le président américain Donald Trump pendant l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) à New York, aux États-Unis, le mardi 23 septembre 2025. Photo : Bloomberg
« Pensez au pire et vous ne serez jamais déçu. » L’adage s’applique plus que jamais à Donald Trump. On peut lui reprocher bien des choses, mais le manque de clarté sur ses objectifs n’en fait désormais plus partie. Au Trump 1.0, erratique lors de son premier mandat, a succédé un Trump 2.0 déterminé à démanteler l’ordre mondial qui a structuré les relations internationales au cours des 80 dernières années — un ordre dont les États-Unis ont été l’un des architectes centraux.
Le 7 janvier, le président américain a ordonné le retrait de son pays — tant en matière d’adhésion que de financement — de 66 organisations, traités et conventions internationales. Trente et une d’entre elles relèvent du système des Nations Unies et œuvrent principalement à la coordination et à la mise en œuvre de l’action climatique, à la promotion des énergies renouvelables et au développement durable.
C’est la chronique d’une mort annoncée. Donald Trump en avait déjà esquissé les contours dans son discours à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, en septembre dernier, et l’a formulé sans ambiguïté le 25 novembre, lors de la publication de sa Stratégie de Sécurité Nationale. L’opération menée au Venezuela le 3 janvier pour arrêter le président de facto Nicolás Maduro et son épouse a constitué la démonstration la plus flagrante à ce jour que Trump met certaines de ses menaces à exécution, aussi inimaginables puissent-elles paraître à beaucoup.
Comment comprendre la « grande » sortie américaine
Le retrait des États-Unis de 66 organismes internationaux ne relève ni d’un simple repli ni d’un abandon passif du multilatéralisme. Il s’agit plutôt d’une attaque frontale contre les institutions qui soutiennent la coopération mondiale. Nous y voyons une tentative délibérée de discréditer et d’assécher les ressources de l’architecture politique, scientifique et financière qui, depuis des décennies, permet l’action climatique et le progrès durable.
Parmi les entités dont les États-Unis se désengagent figurent les piliers politiques et scientifiques de la gouvernance climatique mondiale, notamment la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le GIEC. Sont également concernées des organisations clés pour la promotion du développement durable, telles que le Département des Affaires Économiques et Sociales de l’ONU (UNDESA), ainsi que des structures non onusiennes soutenant le développement des énergies renouvelables, comme l’IRENA ou REN21.
Les décisions de Trump étaient déjà perceptibles à l’écoute attentive de son discours devant l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre 2025, lorsqu’il a qualifié le changement climatique de « plus grande escroquerie jamais perpétrée dans le monde » et averti ses homologues : « Si vous ne vous éloignez pas de l’arnaque de l’énergie verte, votre pays échouera. »
Dans la Stratégie de Sécurité Nationale publiée en novembre 2025, l’administration Trump a clairement affirmé que la concertation multilatérale au sein d’institutions internationales ne serait plus son outil de prédilection. La force, ainsi que la domination militaire et économique, deviennent les principaux leviers d’une politique étrangère explicitement mise au service de l’objectif central de l’administration : « America First » et « Make America Great Again ».
Une lecture attentive de cette stratégie montre qu’au-delà de la simple volonté de « limiter le multilatéralisme », Donald Trump cherche à déplacer le centre de gravité de la prise de décision hors des enceintes internationales, vers Washington — ou, à défaut, vers des relations bilatérales et une gouvernance fondée sur l’influence régionale et la domination des États-Unis dans l’hémisphère occidental. Cette approche n’est pas guidée par des principes universalistes issus de la Charte des Nations Unies ou d’autres traités internationaux, mais par les intérêts sécuritaires et économiques américains.
À quoi peut-on s’attendre désormais ?
À la lumière des déclarations et des actions de l’administration Trump à ce stade, plusieurs lignes directrices de sa politique climatique internationale se dessinent clairement :
- Énergie et domination des combustibles fossiles. Les États-Unis donneront la priorité à la production et à l’exportation de pétrole, de gaz et de charbon, sur leur territoire comme dans leurs zones d’influence, en minimisant la transition énergétique — une orientation en collision directe avec la dynamique mondiale en faveur des énergies renouvelables.
- Diplomatie de la force et de la domination. Des interventions militaires en Amérique latine aux tensions géopolitiques dans l’Arctique, la politique étrangère américaine s’oriente de plus en plus vers l’exercice du pouvoir par la contrainte plutôt que vers la coopération.
- Désinformation et attaques contre la science, les scientifiques et les militants. Démantèlement et coupes budgétaires dans les institutions produisant des évaluations scientifiques clés, suppression de données officielles liées au climat, et tolérance accrue à la désinformation — le tout sous couvert de défense de la liberté d’expression.
Il est probable que, dans les mois à venir, nous continuions d’assister à des déclarations et à des actes hostiles au multilatéralisme, dans le cadre d’une tentative plus large de démantèlement de l’ordre international qui a façonné les relations mondiales depuis plusieurs décennies. Cela ne signifie toutefois pas nécessairement la fin de la coopération internationale en tant que telle, mais plutôt une transformation profonde de la manière dont cette coopération est organisée, gouvernée et mise en œuvre.
À mesure que le multilatéralisme fondé sur les institutions s’affaiblit, la coopération tend à se recomposer sous des formes plus fragmentées et moins centralisées : coalitions restreintes de pays, alliances ad hoc, blocs régionaux et partenariats thématiques axés sur la technologie, le climat, l’énergie ou les ressources naturelles. Cet ordre émergent se définit moins par des règles universelles et des institutions partagées que par des sphères d’influence, des intérêts stratégiques et des arrangements flexibles destinés à faire avancer des priorités nationales ou régionales. Le risque est évident : davantage de rivalités, moins de confiance, et un creusement des fractures dans des domaines comme la paix et la sécurité où la coopération est déjà en net recul.
Dans ce contexte, le défi pour les acteurs du climat et du développement durable ne consiste pas seulement à défendre le système multilatéral tel que nous l’avons connu, mais aussi à comprendre, anticiper et contribuer activement à façonner ces nouvelles formes de coopération, afin qu’elles restent capables d’apporter des réponses collectives à des risques mondiaux qu’aucun pays ni aucune organisation ne peut affronter seul.
Auteur : 10 Billion Solutions – Communication sur le climat et la durabilité
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Foto : Le président Donald Trump s’adresse aux républicains de la Chambre des représentants au Donald J. Trump – John F. Kennedy Center Crédit : Maison Blanche


