COP30 : cinq résultats clés pour le climat, et qu’attendre pour la suite

novembre 28, 2025

Après deux semaines intenses à Belém, au Brésil, il est clair que la Conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques, la COP30, a été marquée à la fois par des progrès, des tensions politiques et des rappels à propos des limites du processus multilatéral qui donnent à réfléchir. Sur le terrain, on avait l’impression d’assister à une COP qui aurait pu être historique, mais qui s’est heurtée à un énorme défi logistique, reflétant les inégalités mêmes que la crise climatique aggrave.

Voici cinq résultats clés de la COP30, chacun accompagné de ce qu’il faut surveiller à l’approche de 2026 :

1. La feuille de route sur les énergies fossiles a échoué ; le monde se tourne désormais vers la conférence de 2026 en Colombie

Le moment décisif de la COP30 a été la séance plénière finale chaotique, au cours de laquelle une large coalition de pays d’Amérique latine, d’Europe et de pays vulnérables au changement climatique a fait pression pour obtenir une feuille de route claire et assortie d’un calendrier précis pour la transition au-delà des énergies fossiles. La Russie, l’Arabie Saoudite, l’Inde et d’autres grands producteurs l’ont complètement bloquée. Le modèle consensuel de la CCNUCC s’est une fois de plus révélé incapable de faire avancer la suppression progressive des énergies fossiles.

À surveiller en 2026 concernant la suppression progressive des énergies fossiles :

La dynamique politique en faveur d’une feuille de route pour la transition vers l’abandon des énergies fossiles n’a pas disparu, elle s’est déplacée. La suite la plus concrète de la COP30 sera la Conférence sur la transition juste des énergies fossiles en avril 2026, organisée conjointement par la Colombie et les Pays-Bas. Parmi les premiers pays à soutenir cette initiative, on trouve déjà le Chili, le Costa Rica, le Danemark, la France, l’Espagne, le Kenya, le Samoa et plusieurs États des Caraïbes. S’ils parviennent à élaborer une feuille de route crédible en dehors des contraintes du consensus, cela pourrait devenir le premier processus mondial explicitement axé sur la gestion d’une élimination progressive et juste des énergies fossiles. S’il stagne, cela confirmera à quel point le monde est encore politiquement bloqué.

Marche pour le climat à Belém le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.
Marche pour le climat à Belém le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.

2. Le financement de l’adaptation a été triplé, mais retardé et toujours sans plan de mise en œuvre

Le triplement du financement de l’adaptation à environ 120 milliards de dollars par an d’ici 2035 a été l’une des rares réalisations marquantes de la COP30. Mais le report de 2030 à 2035 affaiblit sa pertinence politique et scientifique. Et sans précision sur la manière dont les 1 300 milliards de dollars par an promis seront mobilisés, cette réalisation risque de n’être qu’un simple titre dans les journaux.

À surveiller en 2026 en matière de financement de l’adaptation :

Les pays doivent maintenant définir des véritables voies : quelle part proviendra des subventions publiques, des prêts concessionnels, des réformes des banques multilatérales de développement, des investissements privés et de la restructuration de la dette ? Des étapes claires pour 2030 et un suivi indépendant permettront de déterminer si le « triplement » se concrétisera ou restera symbolique. L’adaptation a toujours dépendu principalement des finances publiques. Sans contributions publiques crédibles, ce chiffre ne se traduira pas en actions.

3. Les indicateurs GGA ont été adoptés, mais restent inutilisables sans amélioration et soutien importants

Un accord sur une liste de 59 indicateurs de l’objectif mondial d’adaptation (GGA) (qui réduit une liste plus complète et plus pratique de 100 indicateurs précédemment approuvée en juin à Bonn) a été présenté comme un pas en avant. En réalité, beaucoup sont vagues, non mesurables ou nécessitent des données que les pays vulnérables ne peuvent pas collecter de manière réaliste. Plusieurs observateurs et négociateurs ont qualifié les nouveaux indicateurs d’« inapplicables ».

À surveiller en 2026 concernant l’objectif mondial d’adaptation :

Il faut s’attendre à des pressions pour mettre en œuvre les indicateurs, clarifier les méthodologies et obtenir un soutien technique et financier afin que les pays puissent les utiliser. Leur crédibilité dépendra de leur capacité à évoluer vers des outils de planification pratiques (informant les investissements dans l’eau, la santé, la résilience et les systèmes d’alerte précoce) ou à rester un cadre complexe et détaché que personne ne peut mettre en œuvre.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva s'exprime lors de l'ouverture de la COP30 à Belém, au Brésil, le 10 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva s’exprime lors de l’ouverture de la COP30 à Belém, au Brésil, le 10 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.

4. Le programme de travail pour une transition juste et le plan d’action pour l’égalité des sexes ont été adoptés, leur mise en œuvre est désormais à l’épreuve

Les négociations de la COP30 ont abouti à au moins deux avancées significatives : le programme de travail pour une transition juste (JTWP) et un plan d’action pour l’égalité des sexes (GAP) renouvelé. Ces cadres marquent un virage vers une transition plus inclusive et axée sur l’équité, plaçant les travailleurs, les communautés, les femmes et les groupes vulnérables au cœur de la politique climatique.

À surveiller en 2026 concernant la transition juste et le GAP :

Le défi, c’est maintenant la mise en œuvre. Le JTWP doit passer des principes à des mesures concrètes : systèmes de protection sociale, programmes de reconversion, plans de transition communautaires et soutien aux régions dépendantes des combustibles fossiles. Le GAP doit être réellement intégré dans les budgets, les politiques et les systèmes de données nationaux. Les deux ont besoin d’attention politique, de financement et surtout de visibilité publique. Sans communication et sans narration, ils risquent de devenir des annexes techniques au lieu d’être des moteurs de légitimité sociale.

5. La feuille de route financière reste floue ; la confiance dépend de la suite des événements

Au-delà de l’adaptation, la COP30 n’a pas apporté de clarté sur la manière dont le monde financera l’atténuation (le terme technique pour désigner la réduction des émissions de gaz à effet de serre), la résilience et les pertes et dommages. Les pays développés ont refusé de rouvrir les discussions sur le NCQG de 300 milliards de dollars, et la feuille de route de Bakou-Belém, d’un montant de 1 300 milliards de dollars, arrivée tardivement, a à peine été discutée et a simplement été « notée » dans le texte final.

À surveiller en 2026 en matière de financement :

Les deux prochaines années détermineront si le processus peut aboutir à un financement climatique prévisible, transparent et équitable. Le nouveau programme de travail sur le financement doit aborder les obligations en matière de finances publiques, le rôle futur des banques multilatérales de développement, l’allègement de la dette des pays vulnérables et les systèmes de responsabilité permettant de suivre les flux réels, et pas seulement les annonces politiques. Sans voies plus claires, la crédibilité de l’ensemble du processus de la COP est menacée.

Marche pour le climat symbolisant les funérailles des combustibles fossiles. Plus de 50 000 personnes ont défilé dans les rues de Belém le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.
Marche pour le climat symbolisant les funérailles des combustibles fossiles. Plus de 50 000 personnes ont défilé dans les rues de Belém le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.

Dernières réflexions depuis Belém

Une autre source de frustration lors de cette « COP Amazonie » a été l’absence de décision officielle sur une feuille de route pour mettre fin à la déforestation. Les attentes étaient grandes : le fait d’organiser le sommet à Belém, aux portes de la plus grande forêt tropicale du monde, avait créé une pression politique et symbolique pour qu’un plan clair et assorti d’échéances précises soit mis en place afin de mettre fin à la disparition des forêts. Mais malgré le large soutien des pays amazoniens et de nombreux pays riches en forêts, les négociations ont achoppé sur le financement, les questions de souveraineté et les définitions divergentes de ce qui est considéré comme « sans déforestation ». Le résultat s’est réduit à un langage général sans étapes contraignantes.

Pour une COP organisée en Amazonie, l’absence de feuille de route concrète contre la déforestation a été une occasion manquée et un rappel que même les domaines où il y a un fort consensus public ont encore du mal à transformer les ambitions en engagements négociés.

La COP30 était imparfaite, désordonnée et parfois profondément décevante (comme la plupart des COP). Mais elle a aussi forcé le monde à affronter certaines vérités difficiles : le système multilatéral est sous pression, même s’il est toujours vivant et efficace, les tensions géopolitiques et économiques retardent la transition et le changement climatique est aujourd’hui moins prioritaire pour les politiciens, les médias ou le public.

Pourtant, la COP30 a aussi montré que la communauté climatique ne baisse pas les bras. Les négociateurs, les défenseurs, les experts, les peuples autochtones et les communautés de première ligne engagés non seulement ne renoncent pas, mais ils améliorent aussi leur façon de s’organiser et de collaborer. L’énergie, la visibilité et la solidarité sur le terrain étaient extrêmement fortes. On a vu la première grande marche pour le climat depuis celle de Glasgow en 2021 et après trois COP organisées dans des pays où le droit de manifester est limité ou inexistant.

Ces histoires sont importantes, car elles façonnent notre vision du monde et nos attentes quant à ce qui est possible à l’avenir. Ces histoires de changement et de possibilités créent une pression et ouvrent un espace politique.

En fin de compte, au-delà des décisions politiques et des textes négociés, la COP est clairement un moteur d’action climatique pour les acteurs non étatiques et une plateforme de communication unique. La COP est devenue la scène mondiale pour présenter et accélérer la transition, si elle est bien utilisée.

Après Belém et à l’approche de la COP31, le message est clair : nous avons besoin de moins de rhétorique, de plus de vérité et de plus de courage dans l’action et dans les discours qui relient l’ambition climatique à la dignité humaine, à la justice et à des solutions réelles.

Les peuples autochtones ont défilé dans les rues lors de la marche pour le climat à Belém, le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.
Les peuples autochtones ont défilé dans les rues lors de la marche pour le climat à Belém, le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.

Photo de couverture: Les peuples autochtones sont descendus dans la rue lors de la marche pour le climat à Belém le 15 novembre 2025. Photo de 10 Billion Solutions / Mariana Castaño Cano.

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