Lorsque Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’ONU pour les changements climatiques, s’est adressé aux journalistes à Istanbul le 12 février aux côtés des présidents turcs de la COP31 et de la COP30, son message était clair : « Nous nous trouvons dans un nouveau désordre mondial. C’est une période d’instabilité et d’insécurité. Des armes puissantes et des guerres commerciales. Le concept même de coopération internationale est remis en question. » M. Stiell a toutefois affirmé que « l’action climatique peut apporter de la stabilité dans un monde instable ».
La prochaine Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, la COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, arrive à un moment de fragmentation géopolitique importante. Comme nous l’avons documenté après Davos 2026 et la Conférence de Munich sur la sécurité, l’action climatique est en concurrence avec les préoccupations sécuritaires et les pressions économiques pour les gouvernements du monde entier. De plus, le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris et de la CCNUCC a écarté le principal émetteur historique (actuellement, la Chine est le premier émetteur de gaz à effet de serre) et un acteur diplomatique majeur du processus climatique officiel. Dans ce contexte, la route vers Antalya est semée d’embûches, mais jalonnée de réunions, de conférences et de semaines climatiques cruciales tout au long de l’année 2026, qui pourraient contribuer à créer une dynamique en vue de la COP31 afin que la conférence dépasse les perspectives les plus pessimistes.

Istanbul : préparer le terrain pour la mise en œuvre
La récente réunion préparatoire d’Istanbul a réuni la Turquie, l’Australie, la CCNUCC, ainsi que les dirigeants des deux dernières présidences de la COP (le Brésil et l’Azerbaïdjan) afin d’établir la vision de la COP31. M. Stiell a souligné que le monde entre dans une « nouvelle ère de mise en œuvre de l’action climatique, axée sur l’obtention de résultats concrets grâce à des partenariats, des financements et une action accélérée dans toutes les économies et toutes les sociétés ».
Murat Kurum, président désigné de la COP31 et ministre de l’Environnement, de l’Urbanisation et du Changement climatique de la République de Turquie, a souligné que la Turquie et l’Australie « travailleront comme un seul homme, dans un esprit de consultation et de coopération. Nous sommes tous conscients que le monde attend beaucoup de la COP31. Notre responsabilité est d’interpréter correctement ces attentes, d’instaurer la confiance entre les parties et d’obtenir des résultats ».
Dans le cadre de la structure de gouvernance convenue, la Turquie accueillera la COP31 et en assurera la présidence officielle, tandis que le ministre australien du Climat, Chris Bowen, occupera le poste de président des négociations et disposera d’une autorité exclusive en la matière. « En travaillant ensemble, l’Australie, le Pacifique et la Turquie permettront de réaliser de réels progrès en matière d’action climatique mondiale grâce à la COP31 en Turquie et à la pré-COP dans le Pacifique », a déclaré le ministre Bowen dans un message vidéo.
Le Pacifique accueillera une pré-COP en 2026, offrant ainsi aux petits États insulaires en développement une plateforme avant la conférence principale pour mettre en lumière les besoins et les attentes des États insulaires les plus vulnérables.
COP30 : une tâche inachevée : le processus parallèle du Brésil
La COP31 hérite d’une tâche inachevée cruciale de la COP30, qui s’est tenue en novembre dernier à Belém, au Brésil. Lorsqu’il s’est avéré impossible de parvenir à un consensus sur l’inclusion d’une feuille de route officielle pour l’élimination progressive des combustibles fossiles dans le texte officiel de la COP, bloquée par les principaux pays producteurs de pétrole. Le président de la COP30, André Corrêa do Lago, a alors annoncé une alternative pour maintenir la dynamique dans un autre domaine : deux feuilles de route volontaires à élaborer en dehors du processus officiel des Nations unies et à présenter lors de la COP31. « Nous ne souhaitons pas accentuer les divisions. Au contraire, nous voulons préparer un document qui rassemble les pays autour de ce qui a déjà été convenu à Dubaï »,
a déclaré M. Corrêa do Lago aux journalistes à Paris en février, en référence au consensus des Émirats arabes unis après la COP28 en 2023. La décision finale adoptée appelait les pays à « abandonner progressivement les combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, de manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant les mesures au cours de cette décennie cruciale, afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, conformément aux données scientifiques ».
Les deux feuilles de route proposées par le Brésil (l’une sur la transition énergétique, l’autre sur l’arrêt et l’inversion de la déforestation) s’appuieront sur des études techniques, notamment des propositions déjà commandées par la présidence de la COP30, avec la contribution de l’Agence internationale de l’énergie, de l’IRENA et même de l’OPEP.
Le moment de Santa Marta : une réunion cruciale en avril

Le premier test majeur pour déterminer si les nations sont sérieuses dans leur volonté de sortir des énergies fossiles (qui sont le premier facteur du changement climatique) aura lieu du 24 au 29 avril à Santa Marta, en Colombie, avec la première conférence internationale sur la transition vers l’abandon des énergies fossiles, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas. Cette conférence vise à faire avancer les discussions sur les « calendriers équitables » et le « soutien financier » pour l’élimination progressive des combustibles fossiles et alimentera l’élaboration de la feuille de route du Brésil.
Le président de la COP30, M. Corrêa do Lago, a indiqué que le Brésil demandera aux pays de soumettre des suggestions sur le contenu de la feuille de route dans les semaines à venir, la version finale devant être présentée lors des réunions pré-COP31 en octobre. La conférence de Colombie représente une occasion pour les quelque 80 pays qui ont soutenu les feuilles de route sur les combustibles fossiles lors de la COP30 de démontrer la dynamique de leur coalition.
Semaines du climat 2026 : relier les négociations à la mise en œuvre
Dans l’intervalle, deux semaines régionales du climat serviront cette année de tremplins importants entre la conférence de Santa Marta et la COP31 du point de vue de la mise en œuvre technique :
- Semaine du climat 1 (Yeosu, République de Corée, 21-25 avril)
- Semaine du climat 2 (Bakou, Azerbaïdjan, 5-9 octobre)
Au-delà des semaines régionales du climat, la Semaine du climat de Londres (21-29 juin) et la Semaine du climat de New York (20-27 septembre) réuniront des chefs d’entreprise, des investisseurs et la société civile afin de faire progresser les engagements sectoriels et l’implication du secteur privé avant la COP31.
Autres étapes cruciales pour 2026
Plusieurs autres réunions influenceront le chemin vers Antalya :
- Sommet du G7 (Évian, France, 15-17 juin) : avec le climat et l’environnement à l’ordre du jour aux côtés de la sécurité énergétique et des minéraux critiques, le G7 testera si les grandes économies peuvent maintenir leurs ambitions climatiques malgré des priorités concurrentes.
- Négociations des Nations unies sur le climat (Bonn, 8-18 juin) : les négociations annuelles de mi-année poursuivront les discussions sur l’objectif mondial d’adaptation, qui n’a pas été résolu lors de la COP30, et organiseront le premier dialogue sur le commerce et le climat.
- Sommet du G20 (Miami, 14-15 décembre) : Prévu après la COP31, le G20 organisé par les États-Unis a indiqué qu’il se concentrerait sur « l’accès à une énergie abordable » et « les nouvelles technologies pionnières », la place du climat dans l’ordre du jour étant incertaine compte tenu des priorités de l’hôte.
Ce que la COP31 doit accomplir
Le chemin de Belém à Antalya est semé d’opportunités et d’obstacles.
Le succès de la COP31 dépendra de la capacité de ces étapes à créer une véritable dynamique ou si elles se limiteront à multiplier les processus et les déclarations politiques. Simon Stiell, responsable des questions climatiques à l’ONU, a clairement défini les enjeux : « D’ici 2028, nous devons être en bonne voie pour respecter les engagements » pris lors de la COP28 à Dubaï, à savoir doubler l’efficacité énergétique, tripler l’énergie propre d’ici 2030, abandonner les combustibles fossiles et renforcer la résilience.
« Afin que les pays se présentent à la COP33 avec la certitude d’une réponse solide qui leur assure non seulement leur survie, mais aussi leur force : renforcer la résilience, développer les économies et réduire les émissions. »
de couverture: Vue côtière d’Antalya, Turquie. Photo par Erik Karits/Pexels
Auteur : 10 Billion Solutions – Communication sur le climat et la durabilité
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