Ce que Davos a révélé sur le changement climatique, dans un monde en fragmentation

janvier 30, 2026

De la vertu à la valeur : les enseignements à retenir du WEF 2026 en matière de communication

Davos traite rarement des dernières avancées scientifiques en matière de climat. Il s’agit plutôt de pouvoir, de priorités et de ce que les décideurs de haut niveau considèrent comme « vendable » cette année-là. À Davos 2026, on aurait pu penser que le débat sur le climat avait disparu. Nous pensons plutôt qu’il s’est ancré dans une reconfiguration géopolitique plus large où la coopération est plus difficile, l’attention plus rare et tout ce qui touche à la durabilité ou à la RSE est de plus en plus contesté. Le Forum Économique Mondial lui-même a présenté ce moment comme celui d’alliances tendues et de normes contestées, s’interrogeant sur la forme que pourrait prendre la coopération dans un monde plus fragmenté.

Le verdict post-Davos du gourou de la durabilité Paul Polman a été encore plus direct : Davos 2026 a reflété un « monde brisé », avec des dynamiques qui « vident de leur substance les accords multilatéraux » et bloquent l’action collective.

Mais concrètement, que pouvons-nous retenir de Davos qui aidera les leaders du climat et de la durabilité à orienter la communication et à influencer les décisions dans une année 2026 déjà mouvementée ?

Le cadre climatique a changé : de l’ambition morale à l’intérêt national, à la résilience et à la compétitivité

Le message implicite de Davos 2026 était clair : l’action climatique est de plus en plus évaluée à l’aune de la sécurité énergétique, de l’accessibilité financière, des chaînes d’approvisionnement, de la politique industrielle et de la stabilité sociale, et non plus uniquement à l’aune des objectifs d’émissions. Les conclusions de Reuters à Davos ont souligné à quel point les questions géopolitiques et économiques ont dominé l’actualité tout au long de la semaine.

Notre conclusion en matière de communication est la suivante : mettre en avant la valeur et les risques (volatilité des coûts, continuité, contraintes d’assurance, compétitivité, sécurité de l’approvisionnement), puis faire le lien avec les résultats en matière d’émissions. Dans de nombreuses salles, « parce que c’est la bonne chose à faire » n’est plus un argument convaincant.

Ce que les dirigeants ont dit et ce qu’ils n’ont pas dit

L’un des discours les plus commentés de la semaine, celui du Premier ministre canadien Mark Carney, était une leçon magistrale sur le nouvel état d’esprit diplomatique : il a décrit une « rupture de l’ordre mondial », le déclin du système fondé sur des règles, et a exhorté les « puissances moyennes » à coopérer autour de valeurs communes telles que la souveraineté et les droits de l’homme. Ce discours a eu un fort impact précisément parce qu’il était réaliste et non nostalgique. Pourtant, la transcription est frappante par ce qu’elle omet : le climat n’est pas un point de référence central, même si M. Carney mentionne explicitement le « développement durable » parmi les valeurs en jeu.

Ce schéma n’était pas isolé. De nombreuses analyses de Davos 2026 ont souligné à quel point le langage climatique était discret dans les moments forts des dirigeants, alors même que les risques climatiques s’intensifient considérablement.

La leçon à tirer en matière de communication n’est pas que « les dirigeants ont cessé de s’en soucier ». C’est plutôt que le climat est de plus en plus intégré à d’autres catégories telles que la sécurité, la politique industrielle, la compétitivité, et parfois complètement évincé de la scène politique principale.

Le multilatéralisme vacille et le plurilatéralisme comble discrètement le vide.

Ce n’est pas le thème central de toutes les discussions sur le climat à Davos, mais c’est la toile de fond de toutes ces discussions. Début janvier, un signal fort a été envoyé : les États-Unis ont annoncé leur retrait de la CCNUCC, la convention qui sous-tend le processus climatique des Nations unies et organise la conférence annuelle sur le climat ou COP, parmi de nombreuses autres organisations internationales importantes. D’autres rapports ont également détaillé un retrait plus large des États-Unis de dizaines d’organisations et d’accords internationaux.

Parallèlement, l’analyse du WEF a suivi la « nouvelle forme de coopération mondiale », alors que les barrières commerciales se multiplient et que la géopolitique complique la conclusion d’accords multilatéraux. Le résultat pratique est bien connu : lorsque le consensus universel est lent à se former, l’action passe par des « clubs », des coalitions, des accords bilatéraux et des alliances sectorielles. Cela nous conduit nécessairement au plurilatéralisme.

Notre conclusion en matière de communication : cessez de construire tout votre discours autour de l’idée que « la COP tiendra ses promesses ». Votre discours doit rester valable même si l’ONU marque le pas. Montrez des progrès crédibles dans plusieurs domaines : réglementation, marchés, engagements des coalitions et mise en œuvre opérationnelle.

L’enquête sur les risques mondiaux a lancé un avertissement révélateur : l’urgence climatique est réelle, mais l’attention à court terme s’estompe.

Si vous souhaitez un chiffre qui explique l’ambiance à Davos, le voici : le WEF Global Risks Report 2026 a révélé que dans les perspectives à deux ans, les risques environnementaux ont baissé en termes de classement et de gravité, reflétant « un abandon total des préoccupations environnementales » dans la perception des risques à court terme. Dans le même rapport, le cadre de « l’ère de la concurrence » a placé la confrontation géoéconomique et les risques sociétaux/technologiques associés au premier plan des préoccupations à court terme.

Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une « résolution du problème climatique », mais plutôt d’une « surcharge cognitive des dirigeants » et d’une concurrence entre le climat, les conflits, les chocs commerciaux et la polarisation.

Notre conclusion en matière de communication : partez du principe que vous évoluez dans un monde où le climat est stratégique, mais pas toujours une priorité. Votre message doit relier l’action climatique aux risques déjà perçus par les conseils d’administration pour ce trimestre : volatilité, perturbations, coûts, résilience.

La visibilité des dirigeants de l’ONU était importante, en particulier lorsqu’elle faisait défaut ou était mise de côté.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a annulé sa participation prévue à Davos pour cause de maladie, supprimant ainsi un pilier multilatéral symbolique d’une semaine déjà dominée par les confrontations géopolitiques.

Il existe un deuxième signal, plus discret : comparez Davos 2026 à Davos 2025, où la couverture « Safeguarding the Planet » (Protéger la planète) du Forum économique mondial a mis en avant les principales voix de l’ONU lors de sessions publiques. En 2026, le discours public et les gros titres se sont davantage orientés vers les négociations géopolitiques et la puissance économique que vers le leadership de l’ONU en matière de climat, renforçant ainsi le sentiment que la diplomatie climatique est de plus en plus un sujet parmi d’autres et non plus le thème central des discussions.

Notre conclusion en matière de communication : ne comptez pas sur l’autorité institutionnelle pour faire passer votre message. Renforcez votre crédibilité par vos actions, vos preuves et votre pertinence par rapport aux contraintes décisionnelles immédiates.

La « contestation » est la nouvelle norme : votre discours sur le climat doit être défendable, et pas seulement inspirant.

Dans un environnement fragmenté, les affirmations sur le climat et l’ESG sont contestées en temps réel. Elles sont politisées, tronquées, vérifiées, reformulées, etc. Le retrait des États-Unis de l’architecture climatique de l’ONU en est un parfait exemple : il devient instantanément un débat sur le leadership, la légitimité, l’économie et la sécurité.

Nos conclusions finales en matière de communication :

  • Étayez chaque affirmation importante par des preuves (portée, hypothèses, limites, vérification).
  • Anticipez les critiques prévisibles en énonçant d’emblée les contraintes et les compromis.
  • Publiez des « preuves » : ce qui a changé en matière de dépenses d’investissement, d’approvisionnement, d’opérations et de résilience, et pas seulement les promesses pour l’avenir.

Ajoutez de la valeur à votre stratégie

Davos 2026 nous rappelle que le succès en matière de climat et de durabilité dépend désormais d’une communication efficace dans un contexte de volatilité : chocs géopolitiques, retrait institutionnel et perception des risques en constante évolution. Chez 10 Billion Solutions, nous aidons les organisations à traduire leurs ambitions climatiques en une stratégie influente, un cadre axé sur la valeur, des preuves qui résistent à l’examen et des architectures de communication qui s’adaptent à l’évolution du paysage, afin que vous puissiez naviguer dans l’incertitude et continuer à obtenir des résultats tout en exploitant de nouvelles opportunités d’impact.

Image de couverture : Forum économique mondial/Ciaran McCrickard

Auteur : 10 Billion Solutions – Communication sur le climat et la durabilité
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